Accueil ACTUALITÉS Non au projet inter-Ikea : l’intervention de Julie Rousinaud

Non au projet inter-Ikea : l’intervention de Julie Rousinaud

 

Intervention de Julie Rousinaud, conseillère municipale, au nom du groupe Caen écologiste et citoyenne lors du Conseil municipal de Caen du 29 juin 2015.

Monsieur le Maire,

Il est essentiel d'évoquer le dossier Interikea ce soir, car les enjeux sont de taille pour notre ville. Il en va de notre responsabilité à tous de les comprendre, et de faire les choix politiques qui s'imposent. Nous ne pouvons pas rester attentistes face à ce projet aux portes de Caen, dont les impacts sur l'emploi et notre qualité de vie seraient lourds de conséquence.

Après la décision de la CNAC (commission nationale d’aménagement commercial) d’octobre dernier autorisant le projet, nous sommes entrés dans la phase du dépôt du permis de construire et le début de la commercialisation pour l'extension du centre commercial déjà implanté à Fleury sur Orne. Pour rappel, l'agglomération de Caen-la-Mer, déjà étouffée par une ceinture commerciale surdimensionnée, s'apprête à voir s'élever un nouveau projet pharaonique sur des terres à vocation agricole. Les dimensions de l'extension du centre commercial IKEA de Fleury-sur-Orne ont de quoi étonner : on passerait de 29 000 m2 à 74 000 m2 ! En créant des espaces pour un nouvel hypermarché, 70 boutiques, 16 moyennes surfaces, 3 200 places de parking et autres infrastructures lourdes qu'il faudra forcément bâtir. En bref, voici ici réunis tous les ingrédients pour un Disneyland du shopping, royaume de l'artificiel : on nous annonce même la construction d'un lac et d'un parc paysager de type bocage normand, créés de toutes pièces, pour donner l'illusion d'un coin de nature tranquille. On ne peut que craindre ici l'impact désastreux sur la biodiversité, sous couvert de green marketing.

Ces annonces récentes ont suscité beaucoup d'incompréhension chez de nombreux habitants de notre agglomération. Comme s'il s'agissait d'une mauvaise blague, et que cette annonce ne pouvait être sérieuse, tellement elle semble déconnectée du réel ! Mais non, il s'agit bien de la triste réalité, et cela renforce le sentiment de rupture entre les citoyens et les décideurs (élus, aménageurs, constructeurs, etc) qui semblent prendre des décisions hors-sol, et surtout dans l'intérêt d'un petit groupe d'investisseurs. La colère et le sentiment de total décalage avec les réalités quotidiennes et les préoccupations des caennais-e-s prédominent. Beaucoup vivent cette annonce comme un affront. Nous pensons bien entendu à ceux qui vivent du commerce de proximité dans notre centre-ville, et ailleurs dans l’agglomération, mais aussi à tous ceux qui ne souhaitent pas voir leur agglomération se transformer en un vaste supermarché.

Vous avez également déclaré « si on me démontre que le pouvoir d'achat augmente sur notre agglo, alors je veux bien réviser ma position ! ». On voit bien ici que vous n'attachez pas d'importance aux impacts écologiques, ni sociaux, de ce projet qui entraînerait pourtant la destruction de nombreux emplois.

En effet, cette folie des grandeurs fait craindre le pire, dans une situation où l'équilibre des commerces existants est déjà précaire, en témoigne l'étude transmise ce jour par l'association des Vitrines de Caen, avec un constat affligeant, relevant un taux de vacance en ville de 13,19% :

- presque 12 % de cases vides aux rives de l'Orne

- 17 % rue ecuyère et avenue du 6 juin

- 27 % rue saint martin

- 31 % rue d'Auge

- 33 % dans le centre paul doumer

Les élu-e-s qui, hier comme aujourd’hui, ont accompagné le développement de grands centres commerciaux en périphérie de notre ville ont-ils seulement conscience des retombées négatives, en termes de désertification commerciale et de pertes d'emplois pour les pôles de proximité ? En tout cas, le constat est sans appel, on peut parler de déclin de notre centre-ville. Il est de notre responsabilité d'enrayer cette baisse et de tout mettre en œuvre pour préserver notre cœur de ville, le rendre accueillant et vivant.

Contrairement à ce qu'on veut nous faire croire, c'est bien à des pertes d'emplois auxquelles il faut nous préparer :

- les emplois créés pour Interikea en détruiraient d'autres dans le même temps - par l'effet des vases communicants - car ni le pouvoir d'achat, ni la consommation, ni la population n'augmentent sur notre agglomération.

- par ailleurs, la vocation du modèle de grande distribution visant à réaliser des économies d'échelle et de l'optimisation logistique conduit de fait à la réduction de la main d'oeuvre nécessaire, et donc à des destructions d'emploi. Or, le ratio nbre de salariés par m2 est bien plus élevé dans les petits commerces qui seront les 1ers impactés par cette implantation, alors que nous devrions au contraire les soutenir ! Notamment pour des questions de lien social et d'accessibilité pour tous.

Sur le plan écologique, mesure-t-on vraiment que chacun de ces projets implique le financement de nouvelles routes (on nous annonce déjà la nécessaire construction d'une nouvelle bretelle d'accès) qui ont pour conséquence de multiplier les trajets en voiture, en augmentant les émissions de gaz à effet de serre ? C'est ici le règne du consumérisme, marqué par une surconsommation d'énergie fossile et de terres agricoles.

Par conséquent, nous réitérons notre opposition à ce projet, sous toutes ses formes. A quelques mois seulement du grand sommet de Paris sur le Changement climatique, notre agglomération s'illustre de la pire des manières : par un grand projet inutile et imposé, qui est à l'exact opposé des objectifs du développement durable.

Nous pensons qu'il existe une autre voie, valorisant l'économie de proximité et permettant de revitaliser notre centre-ville, tout en favorisant l'agriculture périurbaine, afin d'améliorer l'autonomie alimentaire de notre ville, comme cela se développe un peu partout dans le monde. Localement, de nombreux acteurs locaux organisés et outillés sont prêts à accompagner les collectivités pour une meilleure maîtrise de leur foncier, afin de prévenir les problèmes qui se poseront demain de façon inéluctable. Ne serait-il pas plus intelligent de faire le choix de travailler avec les forces vives et pour les besoins de de notre territoire, plutôt que de raisonner sans cesse en terme d'attractivité ou de marketing territorial ?

Monsieur le Maire, vous avez publiquement et à plusieurs reprises signifié votre désaccord avec ce projet. Au-delà du recours engagé devant la Cour d'Appel Administrative de Nantes auquel la ville est associée, vous avez indiqué explorer d’autres recours possibles. - Où en est-on du premier ? Peut-on être éclairé sur les autres actions que vous envisagez de mener ?

Vous vous dites « opposé à l’implantation de ce projet surdimensionné. »

- Est-ce à dire qu'avec quelques m2 en moins ce projet vous conviendrait ?

- Plus généralement, vous avez annoncé votre intention de revisiter les documents d’urbanisme. Où en est-on ?

Monsieur le Maire, nous vous demandons ce soir de ré-affirmer votre position et de confirmer vos arguments. Il serait bien temps de rédiger un moratoire sur la construction de grandes surfaces dans notre agglomération, pour éviter que la folie et l'égoïsme de quelques-uns ne conduisent tout le monde a payé la facture. Nous avons besoin d'une vision de long terme pour notre ville et de propositions modernes : le mythe des trente glorieuses du bonheur par la consommation est révolu.

 

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