Accueil ACTUALITÉS Intervention de Rudy L’Orphelin – séance du conseil du 1er février 2016 (coop 5% et démolition des logements) 

Intervention de Rudy L’Orphelin – séance du conseil du 1er février 2016 (coop 5% et démolition des logements) 

Monsieur le Maire, chers collègues,

Pour ce premier conseil municipal de l'année je souhaiterais tout d'abord adresser, au nom du groupe écologiste et citoyen, mes meilleurs vœux aux Caennaises et aux Caennais et plus largement à toutes celles et ceux qui, par leur engagement, font cette ville au quotidien.

1°/ Sur le projet coop 5 % Et puisque j'en parle, j'aimerais vous interroger sur un projet en construction depuis déjà plus d'un an, projet qui, j'en suis certain ne vous aura pas échappé puisque de nombreux médias locaux, régionaux et nationaux s'en sont récemment fait l'écho. Il s'agit du projet intitulé « coop 5 % » visant à rassembler au sein d'un seul et même espace un écosystème d'activités autour d'un pôle ressourcerie.

Concrètement, pour les 5 porteurs de projet tous engagés localement de longue date ( et aux profils divers : un ancien chef de projet, un ancien chef de restauration ou encore un ancien cadre financier) il s'agit de favoriser la réparation de tous ces objets du quotidien dont nous avons pris l'habitude de nous débarasser au moindre défaut ou à la moindre panne et ce, le plus souvent, faute de moyens, de connaissances techniques ou d'espaces appropriés pour les faire réparer. 

C'est ainsi qu'en France, depuis plusieurs années, de nombreuses ressourceries ont vu le jour ; elles permettent peu à peu de sortir de cette société du tout jetable. Ces intiatives sont souvent complémentaires des politiques engagées par les collectivités pour réduire les déchets à la source. Elles permettent en outre de créer des emplois durables et non délocalisables sur le territoire en répondant à une demande de plus en plus forte de nos concitoyens d'en finir avec le tout jetable.

Et l'originalité du projet caennais tient au fait que, comme cela existe actuellement pour la maison du vélo, les usagers pourraient disposer du matériel, des espaces et des conseils techniques pour assurer eux-mêmes lesdites réparations. Cette activité serait proposée en plus de l'activité de ressourcerie classique consistant en un accueil-réparation-revente des objets. Plus largement l'enjeu est de faire d'un tel espace, un espace de rencontres, de débats et d'échanges, d'ateliers cuisine et autres projets visant à créer ou recréer une convivialité.

C'est un projet d'économie sociale et solidaire basé avant tout sur la participation et l'implication citoyenne où le bénévolat des uns permet de créer les emplois des autres. Il est caractéristique d'une nouvelle façon d'entreprendre où les usagers peuvent prendre part directement aux décisions de la structure. Il est, comme d'autres initiatives de ce type, la preuve que l'économie sociale et solidaire ne peut être réduite à une vision par trop caricuturale et consistant à en faire une économie résiduelle seulement dévolue à l'insertion des plus éloignés de l'emploi.

En l'espèce, à la clé et à moyen terme, les porteurs de projet revendiquent la création, de plusieurs dizaines d'emplois dont plus de 20 emplois directs. En contrepartie, ils vous demandent depuis plus d'un an la mise à disposition d'un lieu - sans solliciter plus de subvention de fonctionnement auprès de la ville ou de l'agglomération - et s'engagent à un autofinancement à un horizon de 3 ans en s'appuyant sur des donnéees économiques et comptables tout à fait sérieuses et expertisées par des tiers spécialistes et extérieurs au projet et, par ailleurs, visées par les techniciens de l'agglomération.

Monsieur le Maire, Nous vous savons attachés au développement économique dont vous avez choisi de faire votre priorité. Nous vous savons aussi méfiants à l'égard de l'économie sociale et solidaire mais il serait incompréhensible qu'un tel projet, si peu gourmand en soutien public, en comparaison d'autres initiatives en matière de développement économique ne soit pas soutenu et encouragé par votre Municipalité.

Il se trouve que plusieurs locaux vides ou dédiés à du stockage propriété de la ville ou de l'agglomération pourraient répondre aux exigences d'un tel projet et notamment un nombre de M2 nécessaire dans un lieu visible et passant permettant l'accès d'objets lourds ou encombrants.

Notre question est donc simple, elle de savoir si vous vous engagez, ce soir, à apporter, enfin une réponse claire face à cette sollicitation ?

2°/ Sur votre projet de démolition de 120 logements au chemin vert. J'aimerais également évoquer la démolition prochaine de 120 logements au Chemin vert rue de Bourgogne, démolition que vous engagez dans le cadre de votre projet de renouvellement urbain au sein de ce quartier. Nous souhaiterions en effet avoir un éclairage quant aux échanges que vous avez -ou que vous avez eus- avec les habitants qui contestent le bien fondé de cette démolition.

La presse relate que vous avez pu affirmer aux habitants que, "quoiqu'il en soit la démoliton coûtait moins chère que la réhabilitation." Notre question est très simple et très directe, d'où tirez vous cette affirmation ? Avez vous mener une expertise sérieuse sur ce projet précis qui vous autorise une telle affirmation ? Ou est-ce là une façon pour vous de botter en touche face à des habitants manifestement inquiets pour leur devenir ?

Il y a quelques mois alors que nous vous interpellions sur cette même question vous aviez consenti à une débat dans cette enceinte sur cette question à partir de données objectives quant à ce type de choix. Cet épisode en est sans doute l'occasion.

En ce qui nous concerne, cela fait longtemps que nous affirmons qu'il faudrait tenir compte des éléments qui sont liés aux coûts induits de la démolition mais surtout des coûts externes et notamment en termes de gestion des déchets. En effet, les déchets générés dans le secteur du bâtiment sont plus importants que nos ordures ménagères. 65% d’entre eux proviennent de la démolition. 

Précisons par ailleurs que l’énergie nécessaire pour construire un logement neuf correspond à 40 années de chauffage de ce même bâtiment. Si on y adjoint les dépenses d’énergie nécessaires à la démolition et à la gestion des déchets, les bâtiments reconstruits – aussi performants soient-ils – auront donc au global un bilan énergétique assez médiocre.

De tels coûts ne sont généralement pas chiffrés et on ne peut que le regretter car ils peuvent permettre d'aborder autrement la prise de décision. 

Je n’oublie pas que la plupart de celles et ceux qui – architectes et urbanistes – sont venus témoigner dans le cadre de différentes rencontres autour de l'urbanisme à Caen, au cours de ces dernières années, nous le rappellent de façon systématique : À une immense majorité, ils considèrent qu'en matière de transition énergétique, la mobilisation doit, bien plus que sur le neuf, se tourner vers la réhabilitation des logements existants.

Je rappelle ces quelques mots mots écrits par une vingtaine d’architectes au sujet du patrimoine du XXIème siècle dont Rudy Ricciotti :“Cette « braderie » détruit des logements alors que l’on déplore leur pénurie, prive de travail entreprises et artisans capables de les restaurer ou de les réhabiliter, et nous dépossède d’un patrimoine du XXe siècle, qui est le nôtre” ou encore ces mots extraits d’une tribune de Paul Chemetov intitulée Cessons de démolir les logements habitables qui estime que le défi de la densification urbaine implique de “Construire mais aussi réparer et transformer et cesser de démolir des logements habitables comme un enfant casse ses jouets.” 

Nous restons convaincus que, pour éviter le gâchis de certaines démolitions passées, le principe devrait être de ne jamais engager de démolition sans en avoir analysé toutes les conséquences économiques sociales et environnementales. 

Rudy L'Orphelin

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