Accueil ACTUALITÉS Aéroports normands : et si on arrêtait de remettre des pièces dans la machine ?

Aéroports normands : et si on arrêtait de remettre des pièces dans la machine ?

Tribune parue dans "Caen Mag" n° 188 - 10/12/18 - 13/01/19

Il est loin le temps où la question d'un aéroport unique à l'échelle régionale agitait les principaux décideurs normands.

Les collectivités en charge de 4 aéroports (Caen, Deauville, Rouen et le Havre) ont fini par faire la paix en créant, début 2018, une association affichant l'ambition d'une supposée complémentarité de leurs offres. Mais, chacun souhaitant à tout prix conserver sa plateforme, ce consensus de façade dissimule assez mal une désolante logique de concurrence territoriale.

Héritage d'une époque durant laquelle chaque élu local revendiquait un aéroport pour son territoire, la France compte 170 plates-formes commerciales, soit un aéroport pour 358 000 habitants. Un chiffre trois fois plus élevé qu'au Royaume-Uni, six fois plus qu'en Italie et douze fois plus qu'en Allemagne ! Ajoutons que sur les 460 aéroports régionaux que compte l'Union Européenne, un tiers serait situé en France ! (Source : Union des Aéroports français).

Bénéficiant d'une exonération des taxes sur le carburant, le secteur aérien est déjà ultra-subventionné (plus de 3 milliards d'euros de manque à gagner pour l'État en 2017 / Projet de loi finances 2017, annexe évaluation des voies et des moyens). Malgré cela, nombre des plateformes françaises affichent des déficits qui doivent être compensés par les collectivités publiques. S'y ajoutent les investissements réalisés pour l'entretien et le développement des infrastructures.

Localement, une illustration concrète de ce gaspillage nous est donnée par Joël Bruneau qui a récemment confirmé un investissement de 11 millions d'euros pour allonger la piste de l'aéroport de Caen-Carpiquet.

Outre que l'avion est de loin le mode de transport le plus polluant (selon le Réseau Action Climat, un avion émet 14 à 40 fois plus de CO2 que le train par km parcouru et par personne transportée), son développement débridé s'opère au sacrifice d'investissements qui pourraient être bien plus utilement employés à répondre aux besoins exprimés par nos concitoyens en matière de transport du quotidien face à la flambée du coût des carburants.

Et il est navrant de constater que Joël Bruneau aura parallèlement décidé d'abandonner la nouvelle ligne de tramway qui devait desservir l'ouest de Caen, de réduire l'offre de bus (moins 159 000 km depuis la rentrée 2016, temps d'attente augmentés de 8 à 25 minutes sur certaines lignes) ou encore de diviser par deux les investissements consacrés aux aménagements cyclables.

 

Les élus du groupe "Caen écologiste et citoyenne"
Samia Chehab, Rudy L'Orphelin, Julie Rousinaud.

1 commentaire(s)

  1. NOEL WARD

    Bonjour,
    En tant qu’habitant de l’agglomération, je suis content de voir qu’il y a des représentants qui s’opposent à ce projet d’extension de l’aeroport.
    Vous avez souligné beaucoup d’arguments tout à fait valables dans votre tribune.
    Je fais partie des quelques 300 citoyens ayant déposé un avis sur le site (fermé depuis le 31 Decembre) de ‘débat’ ouvert par Caen la Mer. Il me semblait que autour de 80% des avis étaient défavorables.
    Ce qui m’étonne, c’est que la décision semble etre prise dèjà, de toute façon.
    Savez vous :
    A quoi sert cette consultation si la décision est prise déjà?
    Suite à la consultation, quand est ce qu’on aura accès au résumé des avis des citoyens? (Actuellement, on ne peut meme plus lire les observations déposées sur le site. Qu’est ce qu’elles deviennent?) Par ailleurs, 6 semaines au moment des fetes, c’est trop court pour une telle consultation.
    Y aura t-il une discussion ou délibération, suite à la consultation, au niveau de Caen la Mer?
    Merci d’avance de votre réponse,
    Cordialement,
    Noel Ward

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